Le visionnage illégal nuit-il systématiquement à l’œuvre cinématographique ?

Le cas Game Of Thrones :

Accrochez-vous bien solidement au bastingage, nous allons faire une petite escale du côté de la piraterie. Non pas de celle qui s’exerce dans les eaux les moins surveillées du globe, mais bien celle qui concerne et consterne l’industrie cinématographique. En ce début 2019, la très discrète Hadopi (Acronyme pour Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) publie une nouvelle étude concernant la consommation illégale de vidéos. Il en ressort qu’au sein de l’hexagone, c’est 55 % des films et 50 % des séries consommés en ligne qui le sont de façon illégale.

De quoi faire frémir les gros producteurs multinationaux qui en sont les premières victimes : L’extrême majorité du contenu visionné illégalement concerne les séries à très grand succès ou les blockbusters. Ainsi, ce sont des séries comme The Big Bang Theory, Walking Dead ou encore Game of Thrones (LA série la plus piratée de tous les temps) qui sont le plus touchées. Mais est-ce vraiment un drame ? Le piratage n’a-t-il réellement que des effets néfastes ?

Eh bien, pas forcément, nous réplique David Pétrarca, réalisateur de plusieurs épisodes de Game Of Thrones. Cela aurait même plutôt tendance à aider la série à survivre : Cela contribue à alimenter très fortement le “buzz” (aujourd’hui déjà titanesque) qui gravite autour de l’adaptation télévisuelle des œuvres de George R R Martin. En effet, si dans un premier temps le piratage semble représenter un manque à gagner important, cela contribue dans un second temps à renforcer massivement la puissance de diffusion de l’œuvre. À terme, c’est une partie non négligeable de nouveaux consommateurs qui se forme, qui vont alors se diriger vers d’autres moyens de consommation (produits dérivés, événements, achat en DVD, Blue-ray…). Cela permettrait également une propagation plus efficace de l’œuvre, par le phénomène – très important dans le milieu cinématographique- du bouche-à-oreille… Engendrant ainsi de nouveaux consommateurs. The Walking Dead, vous m’avez dit ?

Le piratage comme régulateur automatique du marché

Mieux encore, le téléchargement illégal agirait comme une main invisible qui vient réguler les prix sur le marché de la vidéo. Le téléchargement et le visionnage illégal agissent alors comme une concurrence directe et bénéfique (pour le consommateur) des plateformes légales de visionnement. Une étude américaine* démontre que la plateforme HBO a récemment baissé le prix de l’accès à sa plateforme pour inciter les fans à prendre un abonnement plutôt qu’à en profiter illégalement. Cela pousserait également les plateformes de streaming légales à innover et à proposer toujours de nouveaux services pour fidéliser davantage le client.

Chose peu commune, cette étude démontre également « [Qu’]un niveau modéré de piratage semble avoir un impact étonnamment positif sur les bénéfices du créateur et du distributeur, tout en améliorant le bien-être des consommateurs« 

Une étude sur le piratage infructueuse :

En 2016 la ville de Bruxelles commande à la commission européenne une étude sur l’impact du piratage sur les ventes. Le résultat de cette étude, passée sous silence par l’Union Européenne, affirme qu’il n’est pas en mesure de prouver un impact négatif du téléchargement illégal sur les ventes. Pour les anglophones courageux, le rapport (qui contient 304 pages !) est disponible ici, grâce à l’intervention de
Julia Reda, députée européenne du parti pirate :

Ecory, l’organisme en charge de l’étude, précise cependant que : « Cela ne veut pas dire que le piratage n’a aucun effet, seulement que l’analyse statistique ne peut prouver de manière fiable qu’un effet existe« . Comme toujours, les résultats (ou plutôt dans ce cas précis l’absence de résultat) sont à prendre avec des pincettes

« Le piratage, c’est du vol  » ?

L’éternelle campagne de pub présente dans tous les DVD des années 2000. Celle que vous aviez systématiquement lorsque vous insériez votre DVD fraichement loué au VideoClub du coin.

La définition juridique française du mot « vol » nous explique ceci : « le vol est une infraction d’atteinte aux biens qui consiste en « la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui » Or, si vous téléchargez ou regardez un film illégalement, il parait difficile d’y appliquer cette définition : Le film est simplement dupliqué, copié et vous ne soustrayiez en aucun cas l’objet original. Celui-ci ne subit par ailleurs aucun changement. Le processus s’apparente davantage à celui du prêt : Lorsque vous prêtez un film ou un livre à un ami (Si l’on passe outre le fait que vous ne le récupérerez probablement jamais) celui-ci n’a pas acheté le film, mais le consomme tout de même.

Rappelons toutefois qu’en France, le téléchargement illégal est passible de trois ans de prison. Bien que cette sentence ne soit que très rarement adoptée, la peine encourue est sensiblement démesurée : Elle est égale à celle qui vous attend si vous pratiquez des tests biologiques sur des cobayes humains non consentants. Vous prenez également plus de risques que si vous profanez un cimetière ou harcelez un(e) collègue de travail.

Voilà qui pousse à la réflexion et qui pourrait dissuader celui qui souhaite se lancer dans une carrière de flibustier numérique.

En tout cas, dans notre rédaction de sangsues pacifistes, soyez assurés que nous arborons le pavillon blanc !


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