Breaking Bad, épisode 1 : la formule d’un succès avéré

Tout sériephile ne peut se considérer comme tel sans n’avoir jamais entendu parler de Breaking Bad. Ayant fait son apparition sur petit écran en 2008, cette série s’est achevée en 2013 au terme de sa 5ème saison dans un glorieux élan d’enthousiasme. Ce sont en effet plus de 10,3 millions d’américains qui se sont rassemblés devant l’ultime épisode de la série sur la chaîne AMC le 29 septembre de cette même année. Ce succès provient inévitablement de son scénario atypique, ce qui en fait l’une des séries les mieux écrites dans l’histoire de la télévision selon le syndicat des scénaristes américains Writers Guild America. Mais avec 19 prix et 45 nominations, il semble évident qu’à l’instar de toute bonne recette, l’intrigue n’est pas le seul ingrédient responsable du triomphe de la série.

Susciter l’excitation et le suspense

Comme tout divertissement, une bonne série se doit de capter l’attention du spectateur dès les premières minutes de visionnage. Dans un film, c’est en général la scène d’ouverture qui fait office de captatio benevolentiae. Concernant Breaking Bad, et ce pour n’importe quelle série, le premier épisode est primordial. Par ailleurs, ce dernier a fait office de flambeau pour plusieurs lauréats de prix accordés à la série : Bryan Cranston comme meilleur acteur pour une série télévisée dramatique en 2008, Lynne Willingham comme meilleur monteur à caméra unique la même année, ainsi que l’épisode en lui-même comme étant le meilleur épisode d’une série dramatique en 2009.

Aaron Paul, Anna Gunn et Bryan Cranston, le 25 août 2014 aux 66e Emmy Awards à Los Angeles.

La plupart des épisodes de Breaking Bad, dont le premier, débutent in médias res (ndlr : au cœur de l’action). Ce procédé permet de dramatiser davantage l’histoire mais aussi de plonger le spectateur directement dans le vif du sujet. Il n’a ainsi ni le temps de s’ennuyer et –dans les circonstances les plus extrêmes– ni le temps de s’endormir devant son écran ! Dans le cas de cette série, et ce afin d’accentuer cette dramatisation mais aussi l’intérêt du public, Vince Gilligan apprécie commencer certains de ses épisodes par la fin. On retrouve par ailleurs cette technique dans de nombreux films de renom, tels que Forrest Gump, Fight Club ou encore Il faut sauver le soldat Ryan. Il en est de même pour les biopics retraçant la vie de personnages célèbres. Il existe en effet un étrange lien de corrélation entre ce procédé et l’attachement que peut avoir le spectateur vis-à-vis de son héros. En effet, en sachant dès le début ce qui va arriver au personnage, le téléspectateur éprouve un plus grand intérêt concernant la manière dont le protagoniste s’est retrouvé dans cette situation. Il s’agit précisément de la volonté du réalisateur dès les premières minutes de Breaking Bad. Cependant, ces scènes finales ne proposent pas de dénouement clair dans leur première apparition : un amas de suspense flotte au premier plan, si bien qu’il faudra attendre la véritable fin de l’épisode avant de savoir ce qu’il s’est réellement passé.

Le premier épisode de la série s’ouvre sur trois plans fixes de la réserve indienne To’hajiilee au Nouveau Mexique, non loin de la ville d’Albuquerque.
Si le silence est des plus absolus, il finit par laisser sa place à un son assourdissant et intriguant faisant apparaître un pantalon flottant dans les airs. C’est un homme à moitié nu, masque à gaz en guise de couvre-chef, qui se manifeste. Plusieurs corps inanimés, la conduite précipitée d’une caravane, un accident, des sirènes s’apparentant à celle d’un véhicule de police, une arme à feu… cet ensemble tourbillonne dans une introduction saugrenue et incohérente.

Breaking Bad, scène d’ouverture, S1EP1

Tout au long de l’histoire, le spectateur va alors garder en tête divers scénarios plausibles qui ont fait que le personnage s’est retrouvé dans sa situation. Avec le temps, certains détails vont guider le public, si bien que la fin de l’épisode révélera finalement la scène initiale sous un angle différent et, cette fois-ci, compréhensible; révélant également en conclusion le clou du spectacle : un plot twist plus ou moins affirmé. Les informations accumulées permettent ainsi de transformer le suspense de la scène d’ouverture en exaltation, enthousiasme et grand intérêt lors de la clôture de l’épisode.

Des personnages, sinon rien

Si le scénario est structuré et travaillé, les personnages jouent quant à eux un très grand rôle dans cette série. Contrairement à d’autres, Breaking Bad puise sa force dans la banalité de ses héros : un père de famille tout à fait ordinaire, voilà une base relativement solide sur laquelle le réalisateur peut aisément s’appuyer. Le public s’identifiera inévitablement à ce Monsieur-tout-le-monde, et l’attachement du spectateur pour le héros sera alors facilement provoqué par l’évolution de ce dernier.

Breaking Bad, scène du petit déjeuner, S1EP1

Le quotidien banal de Walter White évolue sans cesse, le conduisant ainsi dans des situations inespérées et étonnantes pour un homme de sa prestance. En réalité, ce n’est pas tant l’histoire que nous suivons en regardant Breaking Bad, mais plutôt la psychologie des personnages et leurs réactions face à des événements pour la plupart dramatiques. Tout l’intérêt de certains épisodes réside donc dans les prises de décision d’un héros qui n’a plus rien à perdre. L’homme moyen américain sera alors mis en scène dans des situations incongrues, le rendant bien souvent badass (ndlr: dur à cuir, « classe » dans ce sens) aux yeux des spectateurs.
Breaking Bad fonctionne en réalité sous un principe similaire à la série Dexter, mais dans un sens opposé : cette fois-ci, nous suivons un héros ordinaire qui deviendra avec le temps un véritable anti-héros. Normalité, perturbation, dégénérescence et badassitude deviennent alors les maîtres-mots de cette série.

Episode 1 : Tout y est. (alert spoiler)

Pour qu’une série fonctionne, il est donc nécessaire de captiver le spectateur très tôt. L’accroche, et donc le premier épisode, est comme nous l’avons dit primordial au succès de l’oeuvre. Concernant Breaking Bad, il est clair que Vince Gilligan n’a pas loupé le coche. Tout a été mis en oeuvre pour que l’épisode introducteur enthousiasme au mieux le public. Sa structure travaillée ne se contente pas de suivre un simple schéma narratif : les passions suscitées par l’audience y sont associées, multiples et diverses.

  1. La scène d’exposition (durée : 4min environ) : suspens, incompréhension et action. Le spectateur est plongé au cœur de l’intrigue et découvre Walter White à demi nu, armé et paniqué.
  2. Le quotidien du héros (durée : 12min environ) : banalité, légère compassion. Un retour dans le passé est effectué afin de découvrir le quotidien des personnages. Cela pose le cadre : on nous montre un héros qui s’avère être un professeur de chimie sur-qualifié qui cumule les petits boulots afin de subvenir aux besoins de sa famille.
  3. L’élément perturbateur (durée : 3min environ) : drame, compassion, surprise. Après un léger malaise, Walter White se retrouve à l’hôpital et apprend qu’il souffre d’un cancer du poumon inopérable. L’assimilation de cette nouvelle par le héros peut étonner le spectateur : il est calme, flegmatique, voire indifférent.
  4. La prise de conscience (durée : 7min environ) : Walter White va désormais voir la vie différemment. Il commence à changer et ne souhaite plus être un homme passif, ancré dans la routine et l’indifférence. Il quitte son petit boulot, s’énerve et décide d’assister à une intervention de la brigade anti-stupéfiant dont son beau-frère fait partie.
  5. Introduction d’un nouveau protagoniste (durée : 3min environ) : Humour, scène décalée, rencontre. Walter White fait la rencontre de Jesse Pinkman, un ancien élève devenu fabriquant de drogue.
  6. L’élément déclencheur (durée : 20min environ) : étonnement, action. Walter White décide de s’associer avec Jesse Pinkman. Si ce dernier refuse, il le dénoncera. Commence alors l’aventure de ce duo mythique où le simple professeur de chimie commence à changer du tout au tout : plus agressif, plus entreprenant, plus dangereux. Ce sont donc deux comportements radicalement opposés qui commencent à se chevaucher dans un seul et même corps.
  7. Conclusion (durée : 5min environ): action, excitation, plot-twist, soulagement. On revit la scène d’exposition avec quelques éléments supplémentaires. On comprend alors comment le père de famille s’est retrouvé au beau milieu du désert, revolver à la main.

Plutôt qu’une analyse détaillée, nous vous conseillons de vous forger votre propre avis sur Breaking Bad en visionnant le premier épisode (disponible sur la plateforme Netflix). Mais gardez à l’esprit que la série n’a pas gagné tous ces prix pour rien.

Synopsis:

Walter White, 50 ans, est professeur de chimie dans un lycée du Nouveau-Mexique. Pour subvenir aux besoins de Skyler, sa femme enceinte, et de Walt Junior, son fils handicapé, il est obligé de travailler doublement. Son quotidien déjà morose devient carrément noir lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un incurable cancer des poumons. Les médecins ne lui donnent pas plus de deux ans à vivre. Pour réunir rapidement beaucoup d’argent afin de mettre sa famille à l’abri, Walter ne voit plus qu’une solution : mettre ses connaissances en chimie à profit pour fabriquer et vendre du crystal meth, une drogue de synthèse qui rapporte beaucoup. Il propose à Jesse, un de ses anciens élèves devenu un petit dealer de seconde zone, de faire équipe avec lui. Le duo improvisé met en place un labo itinérant dans un vieux camping-car. Cette association inattendue va les entraîner dans une série de péripéties tant comiques que pathétiques.

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